Un atelier de mécanique où l’on apprend à diagnostiquer une panne, une salle de cours à distance où l’on révise depuis chez soi, un formateur qui transforme une démonstration en véritable expérience : en Tunisie, la formation professionnelle cherche de nouveaux chemins pour rapprocher les compétences des besoins du marché du travail. Le chantier ne consiste pas seulement à moderniser les équipements. Il invite aussi à repenser la manière d’enseigner, de transmettre un geste et d’accompagner chaque apprenant vers l’emploi.
Un signal concret vient d’être donné avec la clôture d’une session consacrée à l’ingénierie pédagogique. Présidée par le ministre de l’Emploi et de la Formation professionnelle, Riadh Chaoud, elle s’inscrit dans le projet « Partenariat pour la mobilité professionnelle » (PAR MOB), avec la participation d’experts de l’Agence française pour la formation des adultes (AFPA). La coopération doit se poursuivre jusqu’en 2028 et a démarré au Centre sectoriel de formation de la mécanique générale de Grombalia, dans le gouvernorat de Nabeul.
Le message est limpide : les centres restent essentiels, mais ils ne peuvent plus être l’unique porte d’entrée vers l’apprentissage. Formation à distance, outils numériques et, à terme, recours aux technologies d’intelligence artificielle font partie des pistes évoquées. Pour une jeune personne qui rêve de devenir technicienne ou pour une entreprise à la recherche de compétences précises, l’enjeu est très concret : apprendre autrement, sans perdre le contact avec la réalité du métier.
Formation professionnelle en Tunisie : renouveler les méthodes pour mieux préparer à l’emploi
La session de formation des formateurs met l’accent sur un rouage parfois moins visible que les machines ou les plateformes : la pédagogie. Un formateur ne transmet pas seulement un savoir-faire. Il aide à comprendre pourquoi un geste fonctionne, à repérer une erreur et à recommencer jusqu’à ce que le mouvement devienne sûr. Dans un atelier, cette différence peut compter autant qu’un nouvel équipement.
Le projet PAR MOB mise donc sur le développement des compétences pédagogiques des formateurs, avec l’appui de spécialistes de l’AFPA. L’objectif est de mieux transmettre les expériences et les compétences, afin que les diplômés puissent trouver leur place dans la vie économique et sociale. Cette orientation rejoint les réflexions autour d’un plan de modernisation de la formation professionnelle en Tunisie, où la qualité de l’apprentissage et l’employabilité avancent main dans la main.

Des formateurs mieux outillés, des apprentissages plus vivants
Imaginez Sami, personnage fictif en formation de mécanique générale. Une explication théorique lui donne les bases ; une démonstration lui montre ensuite comment lire un problème, choisir un outil et vérifier le résultat. Si l’exercice se déroule dans un environnement proche de celui d’un véritable atelier, la leçon cesse d’être abstraite : elle prend la forme d’un geste que Sami pourra réutiliser.
C’est tout l’intérêt de l’ingénierie pédagogique : organiser les étapes pour que le savoir soit compréhensible, pratiqué et retenu. Le ministre a également souligné les défis auxquels le secteur est confronté, notamment la forte demande de formation et la nécessité de faire évoluer les approches et les programmes. La montée en compétences des formateurs devient alors un investissement direct dans la réussite des apprenants.
Formation à distance et intelligence artificielle : élargir l’accès sans perdre le terrain
Apprendre à distance peut faciliter l’accès à certains contenus, en particulier lorsqu’un déplacement jusqu’au centre complique le quotidien. Des vidéos de démonstration, des exercices numériques ou des ressources consultables à son rythme peuvent compléter les séances pratiques. Mais un écran ne remplace pas la manipulation d’un outil ni l’œil attentif d’un formateur : le numérique est plus utile lorsqu’il prolonge l’atelier que lorsqu’il prétend s’y substituer.
L’intelligence artificielle est également évoquée comme une piste pour faire évoluer les méthodes. Elle pourrait, par exemple, aider à proposer des exercices adaptés au niveau d’un apprenant ou à repérer les notions à retravailler. Ce potentiel exige toutefois des contenus fiables, un accompagnement humain et des outils accessibles ; sans ces conditions, la technologie risque surtout d’ajouter un bouton de plus à cliquer.
Associer outils numériques et savoir-faire pratique
Pour Sami, une ressource en ligne peut servir à revoir les étapes d’un diagnostic avant de passer à l’exercice en atelier. Le formateur, lui, peut consacrer davantage de temps à observer les gestes et à corriger les difficultés. Cette complémentarité illustre une règle simple : le bon outil n’est pas celui qui paraît le plus futuriste, mais celui qui aide réellement à apprendre.
Les initiatives EdTech participent aussi à cette transformation, en explorant de nouvelles façons de rendre les contenus accessibles et interactifs. Les startups tunisiennes qui réinventent l’apprentissage donnent un aperçu de ce mouvement. Pour les centres, l’enjeu sera de choisir des solutions adaptées aux métiers enseignés et aux réalités des apprenants, plutôt que de numériser les cours pour le simple plaisir de les mettre en ligne.
Le projet PAR MOB à Grombalia : un partenariat inscrit dans la durée
Le programme « Partenariat pour la mobilité professionnelle » est supervisé par le ministère de l’Emploi et de la Formation professionnelle, avec l’AFPA et l’Agence française d’expertise technique internationale. Sa mise en œuvre a commencé au Centre sectoriel de formation de la mécanique générale de Grombalia et doit se poursuivre jusqu’en 2028. Cette durée permet d’inscrire la coopération dans un travail suivi, plutôt que dans une opération ponctuelle.
Le démarrage dans un centre spécialisé en mécanique générale donne au projet un cadre concret : les méthodes pédagogiques peuvent être liées à des situations de métier, avec des compétences que les apprenants devront mobiliser sur le terrain. L’expérience pourra nourrir la réflexion sur la modernisation du secteur, à condition que les besoins des formateurs, des entreprises et des personnes en formation restent au cœur des choix.
| Repère | Ce qu’il apporte |
|---|---|
| Projet PAR MOB | Un partenariat consacré à la mobilité professionnelle et à l’évolution des pratiques de formation. |
| Formation de formateurs | Un travail sur l’ingénierie pédagogique et la transmission des compétences, avec l’appui d’experts de l’AFPA. |
| Centre de Grombalia | Le premier site de mise en œuvre, dans le domaine de la mécanique générale. |
| Horizon du projet | Une mise en œuvre prévue jusqu’en 2028, sous la supervision du ministère tunisien compétent. |
Des changements à mesurer dans les parcours des apprenants
Une réforme pédagogique se juge dans les détails du quotidien : un apprenant qui comprend mieux une consigne, un exercice qui reproduit une situation de travail ou un formateur qui dispose de méthodes pour accompagner plusieurs niveaux. Ce sont ces progrès, observés au fil des parcours, qui permettront de voir si les nouvelles approches facilitent réellement l’insertion professionnelle.
La formation professionnelle tunisienne ne change donc pas seulement de boîte à outils ; elle repense la façon de s’en servir. En reliant accompagnement des formateurs, pratiques concrètes et ressources numériques adaptées, elle peut faire de chaque apprentissage un tremplin plus solide vers le métier visé.
Source: www.webmanagercenter.com














